Je n’ai jamais supporté l’idée de la rentrée. L’idée de la vie comme une école.
J’avais lu, il y a très longtemps Rhizome en plaquette. Cela m’a fait exploser le cerveau. Le livre à venir. Rhizome, même La chambre claire sont des livres de développement personnel. Ainsi que La notion de dépense de l’autre B. Et La Poétique de l’espace. B comme banlieue.
Et qui voudrait rentrer ? Revenir à l’école est le cauchemar répétitif pour pas mal de gens. Rentrée ! Rentrer en cadre, encadrer, entrer en case, il se peut que le contraire soit interdit.
J’ai mis quelques années à comprendre le slogan « interdire d’interdire ». Nous le répétions dans notre pays sans connaître le sens. Puisque pour nous, comme pour les Italiens, les choses sont autorisés jusqu’à la preuve du contraire.
Valéry dit que la prose n’existe pas, vraiment. Et un maudit argentin des années 70 disait « dès qu’il y a de la prose, zas! (vlan!), poésie ». La poésie est ma langue.
La poésie est le luxe, la gratuité, le don de soi (à soi –disséminé dans l’autre, dans les champs de la langue).
La poésie ne se vend pas parce que la poésie ne se vend pas.
Samuel Johnson a dit que seul un âne écrirait pour une autre chose que l’argent. Je trouve sublime la beauté des ânes.
Un train passe.
Fugit irreparabile tempus.
Le roman avance comme cela, en imitant la vie. Au lecteur, il le sort de sa vie : mais la poésie fait rhizome avec la vie. C’est l’intensité même de la vie -bien que tout le monde s’en fiche, à part quelques poètes et les romanciers qui la lisent comme « des usines du nouveau ».
En regardant un photogramme arrêté hors son contexte, les mots stagnés et pour cela volants, j’ai découvert que la poésie –comme je le savais depuis toujours- c’est de la pêche.
C’est la quiétude morbide où s’accumule l’expectative du mouvement et son accélération tandis qu’on est traversés par des essaims de neutrinos.
Comme le silence.
Le photogramme était le silence.
Soit. Mais quoi que ce soit qui déclanche
le stoppage de l’information
devient la possibilité du rêve.
Ton rêve
à l’abri du hasard.
Les langues sont des façons de garder les secrets.
Je monte dans l’ascenseur qui vient du subcontinent.
Les grands romans réalistes, tellement tendance, sont si inintéressants. Je ne peux pas me laisser enfermer entre ses pages conventionnelles qui disparaissent façon journal d’hier.
Je m’évade d’un livre de ce genre, comme d’un foyer.
Je n’ai qu’à semer grâce aux touches qui clapotent doucement, abandonnant le soin du reste au soleil. La lumière
c’est l’espace, l’objet de luxe, la dépense, ainsi que le goût de la vie délestée, nomade, frugale.
L’amour des particules, des neutrinos ; la haine de la société marchande qui transforme chaque occasion de liberté, en produit.
Toute la pensée aboutira à un plan d’action marketing.
Pour la prochaine, je propose que chaque intervenant crée une intervention en interaction avec la population sensible à cette radiation : des ateliers de théâtre, de réflexion et de discussion, de peinture et de sculpture, de vidéo et de poésie. Il s’agirait des rencontres désorganisées par les artistes, les penseurs, les écrivains. Ces workshops proposés dans l`atelier de Roger Pic à la communauté pourraient avoir une permanence et être soutenus par le Musée. Le Musée deviendrait par ce biais, quelque chose de vivant.
Roxana Paez
Lundi encore, à Paris, neuf jours avant l’équinoxe du printemps
(pour l’égalité de la durée du jour et la nuit)
12/03/2012
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